
Lorsque je travaille sur mon bureau, je suis seule. Lorsque je fais corps
avec une oeuvre, c'est en tête à tête. Finalement la création est à huit
clos. Même mon entourage ne sait pas ce que je fais des heures durant, en
silence. Il m'arrive d'ajouter une bande son, de la musique, ipod branché sur
fond jazzy. C'est presque chamanique la création. Je ne fais plus partie de la
réalité quotidienne pendant ces heures d'ateliers. Tout s'ammoncelle, tout
traîne, je n'ai pas le temps de ranger et trier mes crayons, feuilles, papiers
déchirés, colles, vernis, pastels, encre et pinceaux, la peinture acrylique
sèche au fond des pots si je ne prends pas garde à les reboucher. Un tableau
c'est comme un don de soi. Mon bureau est mon atelier, qui est un lieu de
souffrance, de joie, d'exaltation, de découvertes, et de recherches, un lieu
d'élaboration et de grande solitude. Lorque je termine une oeuvre, je la laisse
sécher, et je la scrute. Puis elle va rejoindre les autres, bien rangée et
prête à être vendue. Je sais que je ne la garderais pas avec moi. Alors
sans attachement, je passe à la suivante ou j'arrête pour aujourd'hui.
Lorsque j'emmerge de mon bureau, il me faut toujours quelques minutes pour
refaire surface, et se rendre compte de l'heure, du temps, et de
l'actualité.